18.05.2012

« Derniers carnets » de Franz-Olivier Giesbert, ou les mémoires d’un vieux con

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Evidemment, quel talent ! FOG, comme l’appelle le microcosme, a la plume souple et alerte, la citation généreuse et pertinente, le tout agrémenté d’une méchanceté à revendre. Son carnet de balles à l’Elysée est un plaisir de lecture.

Et pourtant, car il y a un gros, un immense « pourtant », ce livre est détestable… Passons sur sa férocité contre Sarkozy : « J’ai honte », reconnaît FOG, qui se permet de dénoncer les outrances de l’anti-sarkozysme. Mais lui ne s’interdit aucune attaque, aucune démesure, n’épargnant pas même le physique (« le président sortant tient à la fois de l’athlète et de l’avorton »), dans le plus pur style Guillon.

Il y a du Sarkozy en Giesbert. Une attirance maladive pour l’excès, et surtout la publicité de l’excès. Il leur faut être haïs ou ne pas être, visionnaires parmi les aveugles (Giesbert nous explique avoir vu très tôt la défaite de Sarkozy et la victoire de Hollande…), dans cette adoration et détestation simultanées de soi-même qui font les grands narcissiques. Il faut s’appeler FOG pour oser écrire : « Moi, l’anti-sarkozyste quasiment professionnel, j’ai parfois le sentiment d’être le seul en France à lui reconnaître du talent ».

Il y a encore du Sarkozy en Giesbert dans cette propension à nous imposer son intimité – en l’occurrence, son cancer et ses coucheries. Au détour d’un portrait politique, nous apprenons qu’il lui est arrivé de tromper sa compagne (« un des amours de sa vie ») avec un nouvel amour de sa vie (« une grande passion »), trahissant ainsi par surcroît la mère de ses enfants (« l’épouse idéale », forcément)... Quel homme !

Et alors ? Vous avez raison, on s’en fiche. Non, si ces « Derniers carnets » sont insupportables, c’est pour d’autres raisons, pour son mépris affiché de la politique et de ceux qui la font et, par ricochet, de ceux qui les élisent. Rarement l’expression « cracher dans la soupe » aura été autant justifiée qu’avec FOG, qui taille les politiques en taillant les oliviers que le journalisme politique lui a offerts. On ne va pas vous infliger tous les passages où percent ce mépris, ce cynisme, cette morgue surplombante du journaliste revenu de tout – sauf de sa prétention à juger de tout. Selon FOG, « de 1981 à aujourd’hui, tous nos gouvernants ou presque ont été capables de rien mais prêts à tout ». Et le pire du pire, le péché absolu, c’est qu’ils ont laissé filer la dette nationale… Car FOG est un vertueux de l’argent des autres. La France, Monsieur, ne doit pas dépenser plus qu’elle ne gagne – et c’est avec un plaisir maniaque qu’il dresse le palmarès des dettes de chacun des Premiers ministres.

Je parle de « péché », car c’est bien de cela qu’il s’agit : il faut « assainir » nos finances, les rendre propres, les purger des années de gaspillage. Parcimonie, sobriété, humilité… Ce n’est plus un programme d’économie, c’est une pénitence, à mettre en œuvre en se frappant la poitrine.

FOG montre là ce qu’il est, au fond : un vieux con qui chérit ses démons mais dispense des sermons, un vieux bourgeois de province qui plaide la vertu des finances publiques, mais revendique pour lui les vices de la dépense financière ou amoureuse.

Vices privés, vertu publique – vieille morale de vieux con.

 

Le Mot: Salaires

L’austérité n’est pas une fatalité, nous disait le candidat Hollande. Notre désormais Président a pourtant décidé de se l’infliger, l’austérité : 30% de moins sur son salaire, qui diminue d’un coup de plus de 21 000 euros à moins de 15 000 ! Pareil pour les ministres, qui toucheront moins de 10 000 euros. Evidemment, vu du portefeuille des Français, cela reste très, très confortable. Mais risquons le mot : tout cela est un peu démago. Ce n’est pas ainsi qu’on remplira les caisses vides de l’Etat. Et ce n’est surtout pas en payant un ministre de la République moins qu’un cadre dirigeant de multinationale, qu’on réhabilitera la politique… Question d’exemplarité, explique le Premier ministre. Mais si c’est l’exemple à suivre, il y a tout à craindre pour nos salaires, et le coup de pouce promis aux smicards s’annonce faiblard. Nous voici prévenus : l’austérité n’était peut-être pas fatale, mais elle arrive.

16.05.2012

Le Mot: Jogging

Et feu notre Président est reparti en courant, polo rayé, short blanc. Sorti de l’Élysée comme il y était entré, au grand étonnement des Français – en tenue de jogging. On y verra un dernier pied de nez aux traditions qu’il a tant piétinées, et à la bienséance sur laquelle il s’est si souvent assis. Jean-Pierre Raffarin, son parfait contraire (l’imaginez-vous en jogging ?), a jugé que les électeurs ont davantage sanctionné son comportement que sa politique. Condamné le jogging élyséen, davantage que les réformes présidentielles. C’est possible, l’avenir le dira, quand sera venu le temps d’un bilan dépassionné. Mais au moment de laisser courir M. Sarkozy vers d’autres occupations, convenons avec l’écrivain Eric Neuhoff qu’une chose est sûre : ce ne fut jamais emmerdant. On ne jurerait pas de pouvoir en dire un jour autant de notre désormais Président, M. Hollande.

15.05.2012

Le Mot: Privé

Pas d’enfants du Président aujourd’hui à l’Elysée : ainsi en a décidé maman Ségolène, expliquant que les Français ont élu François Hollande, pas sa famille ni ses copains… Ce n’est guère aimable pour Nicolas Sarkozy qui a, il est vrai, exhibé en public ses heurs et malheurs privés cinq années durant. Fini, tout cela, avec notre Président normal. Tout de même, il y aura en cette journée de passation de pouvoirs deux femmes du Président : Ségolène Royal, mère de ses enfants et présidente de région à la mairie de Paris, et à l’Elysée Valérie Trierweiler, sa compagne – aucune n’étant mariée au Président. Vie privée ? Sans doute. Mais les querelles de ménage avec la première ont déterminé la précédente présidentielle. Et les déclarations de la seconde indiquent une forte volonté de présence publique. Prenons ici le pari : le méli-mélo privé-public ne quittera pas l’Elysée avec Nicolas Sarkozy.

12.05.2012

Le Mot: Anticiper

Dormons tranquille, M. Hollande préside. Car il a tout prévu, notre bientôt Président. La Commission européenne avertit que la croissance ralentit, que le déficit explose ? «Nous avions déjà anticipé», calme l’impérial M. Hollande. Si vous l’avez entendu promettre pendant la campagne une embellie qui n’est pas au rendez-vous, c’est que vous n’avez rien compris, ou plutôt rien anticipé... Cela fait tout de même 20 à 25 milliards d’euros à trouver. Nous pouvons donc nous préparer à un «effort  supplémentaire mais juste», comme le dit joliment une excellence socialiste. Ce sera, nous a-t-il expliqué, la faute à M. Sarkozy, qui a laissé les caisses vides. Très bien. Mais ce coup de l’héritage, M. Hollande, sachez que vous ne pourrez nous le faire qu’une fois.  Et s’il fallait demain se serrer la ceinture de quelques crans supplémentaires mais justes, vous pouvez  anticiper dès aujourd’hui notre mauvaise humeur...